Très peu d’études portent sur les adultes ayant une douance. En effet, la grande majorité des études sur la douance incluent des jeunes d’âge scolaire, puisque leurs besoins particuliers sont évidents. Par contre, une étude qui a été publiée cette année (en 2021) par une équipe de recherche des Pays-Bas a attiré mon attention au sujet de la douance et du milieu du travail.

Le sens et le besoin d’apprentissage

Plusieurs personnes douées ayant participé à l’étude ont mentionné qu’il était très important que leur travail ait un sens. Elles mentionnaient vouloir créer quelque chose qui aurait une valeur, p. ex., contribuer à un progrès technologique ou encore améliorer le bien-être d’autres individus. Les standards moraux et éthiques de l’entreprise pour laquelle elles travaillent devaient également être conformes à leurs propres standards afin de contribuer à leur satisfaction au travail. Ce résultat est cohérent avec d’autres études qui ont montré que l’authenticité au travail constitue un facteur important pour la santé et que pour être authentique, les valeurs véhiculées dans notre milieu de travail doivent être similaires aux nôtres.

De plus, il était très important pour elles de pouvoir utiliser leurs connaissances et habiletés dans le cadre de leur travail. En ce sens, la formation continue semble primordiale pour les personnes douées. La possibilité d’apprendre et de développer leurs habiletés était associée à leur bien-être, tandis qu’une absence de possibilité de croissance était plutôt reliée à une frustration et de l’ennui. D’ailleurs, les personnes ayant participé à l’étude ont mentionné que les opportunités d’apprentissage et les opportunités de travailler avec des personnes intéressantes étaient plus importantes pour elles que le salaire ou le prestige relié à leur emploi.

Aborder la douance en milieu de travail

La plupart des personnes incluses dans l’étude hésitaient à parler de leur douance en milieu de travail, car elles anticipaient la réaction de leurs collègues et redoutaient une certaine stigmatisation de leur part. Je trouve personnellement que ce résultat met en lumière la nécessité de sensibiliser la population générale à la douance. Plusieurs mythes circulent toujours et nuisent à l’actualisation du potentiel de nombreuses personnes vivant avec une douance. Parler de ses caractéristiques personnelles en milieu de travail peut être utile, notamment si nous aimerions être mieux compris par nos collègues ou bien demander certains accommodements.

En résumé

En somme, cette étude de van Casteren et collègues souligne le besoin d’autonomie des personnes douées. Ce besoin a été préalablement souligné dans d’autres études montrant que plusieurs personnes douées choisissent des métiers comme l’entrepreneuriat afin d’obtenir un haut niveau d’autonomie. L’étude présentée met également en lumière le grand besoin d’apprentissage et de développement des personnes douées. Ce besoin de stimulation intellectuelle est souvent mentionné dans les études portant sur les enfants. Il est donc intéressant d’émettre l’hypothèse que ce besoin demeure primordial tout au long de la vie des personnes douées, pas seulement durant leur passage à l’école!

Méthodologie et limites

Dans cette étude, les scientifiques ont rencontré 16 personnes (8 hommes et 8 femmes) ayant une douance intellectuelle (QI > 130). L’âge moyen était de 46 ans. Il s’agit d’une étude qualitative, ce qui signifie que les chercheuses et chercheurs ont effectué des entrevues afin de mieux comprendre les facteurs reliés à leur bien-être au travail et les facteurs qui peuvent les encourager à garder leur emploi.

La principale limite de l’étude est que les participants ont été recrutés via l’association MENSA, qui requiert une preuve du QI afin de soumettre une demande d’adhésion. Ainsi, les scientifiques responsables de l’étude n’ont pas fait d’évaluation de la douance, mais se sont plutôt fiés sur l’organisme MENSA. Tout de même, la méthodologie de l’étude est assez bonne, puisque le nombre de personnes incluses est élevé considérant la nature qualitative de l’étude. Les participantes et participants avaient également des profils diversifiés, ce qui laisse penser que plusieurs types d’individus ont été représentés.


Ce billet de blog avait pour but d’effectuer un résumé de ma lecture de l’article de van Casteren et al., 2021. Si vous l’avez apprécié, qu’il vous a fait réfléchir ou que vous avez des questions, n’hésitez pas à m’écrire sur Instagram @douance.science ou par courriel au catherinecpaquet@protonmail.com.

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Références :

Clobert, N., & Gauvrit, N. (2021). Psychologie du haut potentiel: Comprendre identifier accompagner. De Boeck Supérieur.

Rinn, A. N., & Bishop, J. (2015). Gifted adults: A systematic review and analysis of the literature. Gifted Child Quarterly, 59(4), 213-235.

van Casteren, P. A., Meerman, J., Brouwers, E. P., van Dam, A., & van der Klink, J. J. (2021). How can wellbeing at work and sustainable employability of gifted workers be enhanced? A qualitative study from a capability approach perspective. BMC public health, 21(1), 1-10.

Affiliations

Catherine Cimon-Paquet est étudiante au doctorat à l’UQAM. Elle est financée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (2021-2024) et a précédemment reçu du financement des Fonds de Recherche du Québec - Société et Culture, la fondation de l’UQAM, la faculté des études supérieures et postdoctorales de l’Université de Montréal. Elle est présentement membre bénévole du comité scientifique de l’Association québécoise pour la douance et du comité exécutif du Regroupement québécois de psychologie positive. Elle n’a aucun conflit d’intérêt à déclarer. Son point de vue n’est pas représentatif des organisations auxquelles elle est affiliée.