Comment favoriser la réussite scolaire chez les jeunes ?

Cette question primordiale a beaucoup été étudiée en lien avec les résultats scolaires et les habiletés cognitives. Pourtant, environ la moitié des élèves ayant une moyenne de plus de 90% au secondaire obtiennent un diplôme universitaire. L’intelligence émotionnelle pourrait expliquer ce phénomène. Ainsi, il est important de préparer les élèves à l’université en favorisant l’émergence de compétences émotionnelles comme la capacité à tisser des liens d’amitié et à développer de bonnes habiletés sociales.

L’intelligence émotionnelle et la réussite à l’université

Une étude menée par Parker et collègues (2017) a montré que l’intelligence émotionnelle est un facteur qui permet de prédire la complétion d’un baccalauréat chez les étudiants très performants au secondaire. Les étudiants qui ont gradué de l’université, 6 ans après leur admission, avaient des niveaux plus élevés d’intelligence émotionnelle interpersonnelle, de capacités d’adaptation et une meilleure gestion du stress que les étudiants doués qui n’ont pas terminé leur diplôme universitaire (décrocheurs).

L’intelligence émotionnelle interpersonnelle facilite les interactions avec les autres et inclut de bonnes habiletés sociales. Les capacités d’adaptation permettent d’identifier des problèmes dans l’environnement, mais également des solutions flexibles et adaptées aux diverses situations. La gestion du stress permet de travailler sous pression et de gérer des situations stressantes avec calme et productivité.

La transition entre le secondaire et l’université

La transition vers les études postsecondaires est particulièrement difficile et déterminante pour les jeunes adultes, car elle est typiquement associée à de grands changements. Au Québec, la situation est particulière avec les CÉGEPS, mais en général de nombreux jeunes vont déménager, soit quitter la maison familiale et ainsi acquérir beaucoup d’autonomie après leur graduation du secondaire. Cette transition est accompagnée de changements au niveau de leurs relations interpersonnelles, car les jeunes doivent se faire de nouveaux amis, collègues et naviguer leurs relations amoureuses. D’ailleurs, les difficultés à créer de nouvelles amitiés ou à vivre loin de sa famille et de ses amis figurent parmi les raisons expliquant l’abandon scolaire à l’université.

Méthodologie

L’équipe de recherche a recruté 3908 étudiants américains durant leur première semaine de cours à l’université. Tous ont passé un questionnaire mesurant l’intelligence émotionnelle (EQ-i:S) en 4 dimensions : interpersonnelle, intrapersonnelle, adaptabilité et gestion du stress. Parmi ces étudiants, 4,4% avaient été admis à l’université avec une moyenne de plus de 90% à la fin du secondaire. Ces derniers ont été considérés comme étant doués intellectuellement et forment l’échantillon final (n = 171 étudiants, dont 145 femmes et 26 hommes). Dans l’échantillon complet, les personnes douées étaient plus nombreuses à terminer leur baccalauréat (56.2% vs 43.2%), mais n’avaient pas des scores plus élevés d’intelligence émotionnelle.

Les limites de l’étude incluent le faible nombre d’hommes dans l’échantillon et l’identification de la douance intellectuelle (uniquement mesurée par la performance scolaire). Par contre, on doit souligner le devis longitudinal sur 6 ans et les sources d’information fiables (données incluant les moyennes GPA et le statut de diplomation obtenues directement auprès des universités).

Référence

Parker et al. (2017).Giftedness and academic success in college and university: Why emotional intelligence matters. Gifted Education International, 33(2), 183–194.

Affiliations

Catherine Cimon-Paquet est étudiante au doctorat à l’UQAM. Elle est financée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (2021-2024) et a précédemment reçu du financement des Fonds de Recherche du Québec - Société et Culture, la fondation de l’UQAM, la faculté des études supérieures et postdoctorales de l’Université de Montréal. Elle est présentement membre bénévole du comité scientifique de l’Association québécoise pour la douance et du comité exécutif du Regroupement québécois de psychologie positive. Elle n’a aucun conflit d’intérêt à déclarer. Son point de vue n’est pas représentatif des organisations auxquelles elle est affiliée.