Cette semaine, j’avais vraiment envie d’aborder la motivation scolaire et la douance. En fait, je suis présentement un cours à l’UQAM qui porte sur la motivation humaine donné un professeur mondialement reconnu dans ce domaine (Robert J Vallerand). Ses travaux se basent principalement sur la théorie de l’autodétermination et j’avais envie d’en parler ici, sur le blog, car je trouve ça tellement intéressant!

La motivation : qualité vs quantité

Selon cette théorie, on ne devrait pas seulement s’intéresser à la quantité, mais surtout à la qualité de la motivation. Ainsi, une motivation de meilleure qualité serait autonome (p. ex., intrinsèque : aller à l’école pour le plaisir), tandis qu’une motivation de mauvaise qualité serait contrôlée (p. ex., externe : aller à l’école pour avoir de bonnes notes) ou bien témoignerait d’un manque d’intérêt (amotivation). La grande question est, comment favoriser une motivation autonome chez les élèves ayant une douance?

Un article paru en 2020 dans le journal Learning and Individual Differences a tenté de répondre à cette question. Pour ce faire, 1975 élèves du primaire (âge moyen 9.8 ans) et 80 enseignantes provenant de 11 écoles primaires différentes ont répondu à un questionnaire en ligne. Les autrices et auteurs de l’étude ont trouvé une panoplie de résultats intéressants, mais je vais vous résumer ce que je trouve le plus pertinent.

Tout d’abord, les élèves ayant une douance auraient une plus haute motivation intrinsèque ainsi qu’un plus haut niveau d’amotivation que les autres! Ainsi, les élèves doués seraient réellement intéressés et auraient du plaisir à apprendre, mais manifesteraient simultanément un certain désintérêt envers le contexte scolaire (en classes régulières).

L’enseignement et la satisfaction des besoins psychologiques

En général, les enseignantes peuvent favoriser une motivation de meilleure qualité en favorisant l’autonomie des personnes douées (p. ex., en leur donnant des choix) et en développant une relation positive avec elles. En fait, le soutien à l’autonomie et l’engagement envers les élèves leur permettraient de développer un sentiment d’autonomie et de connexion sociale, qui constituent deux des trois besoins psychologiques de bases. Dans cette étude, les élèves doués rapportent avoir autant d’autonomie et de connexion sociale envers les enseignantes que les autres élèves. Par contre, les élèves avec une douance auraient un moins grand sentiment de connexion sociale avec leurs pairs que les autres élèves. Ceci est important, car on parle souvent d’un sentiment de décalage ou dyssynchronie sociale (enfant vs les autres enfants de son âge) dans les écrits sur la douance. Les enseignantes, quant à elles, indiquent donner plus de choix à leurs élèves doués qu’aux autres élèves. Elles auraient d’aussi bonnes relations avec tous leurs élèves (ayant une douance ou pas).

Le troisième besoin est le besoin de compétence. Les élèves avec une douance mentionnent que leur sentiment de compétence est plus élevé que chez leurs pairs, mais que ce dernier est associé à de l’amotivation envers l’école. Ainsi, les élèves doués en classes régulières percevraient qu’ils perdent leur temps à l’école. De plus, les enseignantes donneraient moins de structure et de conseils aux élèves plus performants, dont plusieurs élèves doués. Ceci suggère que les classes spécialisées enrichies pourraient permettre aux enseignantes de mieux encadrer les élèves douées, car elles auraient moins de temps à consacrer aux élèves en difficulté (qui sont prioritaires dans les classes régulières).

Pour terminer, je souhaitais souligner que dans cette étude, seulement 34% des élèves considérés comme doués par le personnel enseignant étaient des filles… Ces résultats confirment que les filles douées sont moins dépistées que les garçons. Ce sera le sujet d’un prochain billet, les différences de genre. À l’inverse, 70% des enseignants étaient des femmes.


Méthodologie et limites

Cette étude comprend certaines limites, dont le devis qui n’est pas longitudinal (seulement 1 temps de mesure). Les questionnaires étaient autorapportés et très brefs. Tous les élèves étaient en classes régulières, donc on n’en sait pas plus sur la motivation des élèves en classes spécialisées/enrichies. Par contre, l’étude a de grandes forces, dont un grand échantillon qui a permis de faire des analyses statistiques multivariées (sophistiquées). Les liens entre la performance scolaire, la satisfaction des besoins et la motivation ont été contrôlés, donc les résultats sont attribuables à la douance et pas à la performance. Enfin, les autrices et auteurs de l’étude ont séparé dans les analyses les élèves avec une confirmation officielle de douance vs les élèves dont l’enseignante suspecte une douance. Ces deux groupes se ressemblaient beaucoup, mais présentaient quelques différences!


Ce billet de blog avait pour but d’effectuer un résumé de ma lecture de l’article de Hornstra et al., 2020. Si vous l’avez apprécié, qu’il vous a fait réfléchir ou que vous avez des questions, n’hésitez pas à m’écrire sur Instagram @douance.science ou par courriel au catherinecpaquet@protonmail.com.

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Références :

Hornstra, L., Bakx, A., Mathijssen, S., & Denissen, J. J. (2020). Motivating gifted and non-gifted students in regular primary schools: A self-determination perspective. Learning and Individual Differences, 80, 101871.

Ryan, R. M., & Deci, E. L. (2017). Self-determination theory: Basic psychological needs in motivation, development, and wellness. Guilford Publications.

Affiliations

Catherine Cimon-Paquet est étudiante au doctorat à l’UQAM. Elle est financée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (2021-2024) et a précédemment reçu du financement des Fonds de Recherche du Québec - Société et Culture, la fondation de l’UQAM, la faculté des études supérieures et postdoctorales de l’Université de Montréal. Elle est présentement membre bénévole du comité scientifique de l’Association québécoise pour la douance et du comité exécutif du Regroupement québécois de psychologie positive. Elle n’a aucun conflit d’intérêt à déclarer. Son point de vue n’est pas représentatif des organisations auxquelles elle est affiliée.