Bienvenue au podcast douance & science. Je m’appelle Catherine Cimon-Paquet et j’ai créé le projet douance & science afin de partager des études scientifiques et des réflexions reliées à ce sujet.

Dans le premier épisode du podcast, je me suis présentée, j’ai discuté un peu de mes motivations derrière le projet et je vous ai mentionné mon amour pour les définitions, les nuances et les statistiques. Pour ce deuxième épisode, je vous parle d’un autre sujet que j’adore, soit la psychologie positive. Je sais qu’il s’agit d’une expression qui dérange certaines personnes, mais je vous rassure, il n’est pas question ici de positivité toxique. Il s’agit d’un courant de la psychologie qui est né aux début des années 2000 de la volonté de chercheurs et chercheuses d’étudier ce qui va bien, ce qui permet aux gens de s’épanouir et de créer une vie qui vaut la peine d’être vécue. Cette expression « A life worth living » résonne beaucoup chez moi. Je trouve que ça résume bien la qualité de vie. En fait, j’ai suivi un séminaire à la maîtrise sur la psychologie positive et c’est ce cours qui m’a vraiment fait sentir que j’avais choisi le bon domaine. Pour moi, ça devrait être le but, non seulement de réduire la souffrance et de guérir certains troubles ou maladies, mais surtout de travailler pour que les gens aient une bonne qualité de vie. En termes de neurodiversité, je pense que c’est important d’étudier les forces et la qualité de vie des personnes neurodivergentes.

Par exemple, en psychologie positive, au lieu de juste se concentrer sur les difficultés, on va essayer de capitaliser sur les forces et les utiliser comme leviers pour favoriser un bien-être. Surtout, on pense que le bien-être est indépendant des problèmes de santé mentale. Il ne s’agit pas d’un continuum où 1) on a un trouble 2) on n’a pas de trouble ou 3) on va bien, mais plutôt de deux concepts perpendiculaires. donc ce qu’on veut dire c’est que c’est possible d’avoir un trouble de santé mentale et de se sentir bien. À l’inverse, on peut ne pas souffrir d’un trouble de santé mental, mais ne pas se sentir heureux. heureuse. C’est l’idée du languishing en anglais, l’idée de se sentir languissant, donc les personnes n’ont pas de trouble mais il manque quelque chose, elles ne parviennt pas à s’épanouir. En gros, en psychologie positive on va essayer aussi d’aider ces personnes-là.

Concrètement, pourquoi c’est en lien avec la douance? À la base les deux chercheurs qui ont mis de l’avant la psychologie positive Martin Seligman et Mihaly Csikszentmihalyi avaient identifié 3 buts à la psychologie positive : réduire les problèmes de santé mentale, améliorer la vie des gens et cultiver le talent exceptionnel. Ce dernier aspect a été peu mis de l’avant. Pourtant, les habiletés exceptionnelles au niveau intellectuel sont importantes et faisaient partie des talents que l’on devrait cultiver. C’est important aussi de mentionner que selon le courant la psychologie positive, il y a plusieurs facteurs à considérer comme le bien-être individuel, les traits de personnalité ou forces individuelles et les institutions, p. ex., les écoles qui peuvent favoriser le bien-être et le développement du talent.

Tout d’abord, au niveau individuel : le bien-être est étudié comme étant la satisfaction de vie, donc l’évaluation cognitive et affective de notre propre vie. On pose des questions comme :

Est-ce que ma vie correspond à mon idéal? si je le pouvais, à quel point je changerais des choses dans ma vie?

En prenant en compte les réponses à ces questions, on obtient un score de satisfaction de vie. Le bien-être est aussi mesuré comme étant le ratio d’émotions agréables ou positives comme la joie, la fierté, la gratitude et les émotions plus ésagréables comme la tristesse, la culpabilité, la honte. Le sens à la vie est aussi mesuré comme un indicateur du bien-être. On mesure l’importance de trouver un sens à sa vie.

Les principaux prédicteurs du bien-être chez les jeunes doués étaient les états d’esprits, les fameux mindsets (on peut avoir un esprit plus fixe, lié à la performance ou plus relié à la croissance, à l’idée d’apprendre), l’engagement envers des activités prosociales pour aider les autres ou avec des objectifs particuliers, la santé physique, les ressources financières et les habiletés à gérer des situations difficiles (on va y revenir un petit peu plus tard). Aux niveaux de l’environnement, les relations sont très importantes, donc de se sentir soutenus par nos parents, nos amis, nos enseignants et nos camarades de classes. À l’inverse, la sécurité, le sentiment de sécurité à l’école et dans son quartiers affecte le bien-être, le stress chronique et les événements de vie comme une perte d’un être cher peuvent nuire au bien-être. À date ces facteurs sont vrais pour les être humains en général… ce n’est vraiment pas spécifique aux personnes douées. Par contre, certaines études ont montré que chez les jeunes doués, la satisfaction envers l’école est particulièrement importante pour le bien-être. Parallèlement, j’ajouterais qu’on trouve aussi ce genre de résultats chez les adultes. Pour les adultes doués, la satisfaction au travail est centrale. Elle est beaucoup plus associée à la satisfaction de vie en général par rapport à ce qu’on trouve chez d’autres adultes. C’est ce qu’on trouve aussi chez les jeunes, la satisfaction reliée à l’école est vraiment importante pour leur satisfaction de vie générale.

Maintenant, si on parle des forces individuelles, le deuxième pilier de la psychologie positive. En 2009, des scientifiques ont identifié 24 forces de caractères qui sont selon eux, universelles. Elles sont classifiées en 6 vertus: la sagesse et la connaissance, le courage, l’humanité, la justice, la tempérance et la transcendance. En passant le questionnaire on peut identifier nos 5 forces signatures, donc celles qui sont les plus prédominantes chez nous (ce qu’on appelle les forces signatures). Les forces associées à la tempérance (comme la prudence, la persévérance) et à la connaissance comme la curiosité et l’ouverture d’esprit) sont des forces qui sont typiquement associées à la réussite scolaire. Les interventions en général qui sont basées sur les forces montrent des résultats vraiment prometteurs autant à l’école chez les jeunes [Suldo et al., 2018] qu’au travail [Article Miglianico dans Journal of Happiness Studies]. Donc de renforcer les forces, de travailler sur celles-ci, de les reconnaître, ce sont des choses qui vont favoriser le bien-être. Dans des études plus qualitatives, où on demande aux jeunes leur vécu, ce qui ressort c’est que les différentes forces de caractères chez les élèves doués qui sont hautement performants sont interreliées et sont aussi associées au succès scolaire.

Le troisième pilier de la psychologie positive est les institutions, donc l’objectif est de développer des institutions comme des écoles ou des milieux de travail qui favorisent le bien-être. L’un des sujets que je trouve particulièrement intéressant est la notion de flow. Pour atteindre le flow, on doit être totalement absorbé dans une tâche, on a l’impression que le temps s’arrête et passe très vite à la fois. C’est le genre d’activités où on oublie tout le reste, nos besoins fondamentaux manger, aller aux toilettes et à la fin de la journée on se dit « omg il est où le temps? ». L’état de flow est associé à la satisfaction de vie et au bien-être. L’un des prérequis pour atteindre l’état de flow est que la tâche soit juste assez difficile, donc il faut que ça soit un défi. C’est particulier chez les personnes douées, parce qu’il faut que la tâche soit associée soient assez difficile pour atteindre cet état là à l’école, donc on pense que des programmes accélérées ou enrichis pourraient être nécessaires pour que les jeunes vivent du flow. Le flow est super important pour la motivation et la satisfaction que les jeunes vont vivre à l’école et aussi pour leur satisfaction de vie parce que tantôt je disais que la satisfaction de vie est un grand prédicteur de la satisfaction de vie chez ces jeunes-là. Donc en gros, le troisième pilier de la psychologie positive, ce sont les institutions. On doit se demander comment on peut favoriser le bien-être des personnes douées dans les institutions comme les écoles. Ce qui me vient en tête est le document du Ministère de l’éducation qui s’appelle Agir pour favoriser la réussite des élèves doués qui met de l’avant différents types d’interventions qui vont favoriser la réussite éducatives mais aussi leur bien-être comme par exemple du mentorat, de l’enrichissement, des projets personnels… Ce sont toutes des pistes qui peuvent être implantées au niveau des écoles.

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Donc en gros, aujourd’hui, je voulais vous parler d’un chapitre que j’ai lu dans le Handbook of Giftedness and Talent. Puis, dans ce chapitre-là, évidemment ils parlaient des 3 piliers, des liens entre la douance et la psychologie positive, mais il y avait aussi une section sur la santé mentale des jeunes doués parce que l’autrice, Shannon Suldo, qui est chercheuse aux États-Unis, avec ses co-auteurs, voulait aborder la santé mentale mais d’un point de vue de psychologie positive. La grande question qui est toujours posée est « Est-ce que les personnes douées vivent plus de problèmes de santé mentale que les autres? Puis en général dans les études on voit que non, sauf dans certains cas, sauf qu’en gros ce que ça montre, c’est que évidemment il y a des personnes douées qui vivent des problèmes de santé mentale, comme les autres personnes dans la population générale, mais il faut vraiment étudier les facteurs qui vont être associés à ces manifestations là.

Donc, la chercheuse Shannon Suldo dont je vous parlais a fait plusieurs études où elle regarde les élèves doués particulièrement dans des programmes accélérés, donc soit des programmes qui vont plus rapidement ou des programmes de baccalauréat international. Ce qu’elle a vu est que les élèves dans ces programmes sont plus stressés que dans les programmes plus généraux. Par contre, ils ne vivent pas plus de problèmes extériorisés comme l’agressivité, les problèmes intériorisés comme l’anxiété ou la dépression ou même les problèmes sociaux. En lien avec le stress, ce qui est intéressant est que les élèves qui étaient plus stressés dans les programmes accélérés ou enrichis avaient différentes façons de négocier ce stress-là. La façon de gérer ce stress était importante puisque les élèves qui utilisaient l’optimiste (restructuration cognitive) et n’essayait pas de tout régler tout seul étaient plus heureux que les autres. Les élèves qui pensaient devoir régler tout par eux-mêmes avaient moins de satisfaction de vie et les élèves qui étaient capables de faire de la restructuration plus positive, donc de voir le côté plus positif de la situation, eux vivaient plus de satisfaction de vie que les autres.

D’autres études ont montré que les élèves dans les classes spécialisés vivent plus de satisfaction en lien avec leurs amitiés. Ç a semble être plus facile pour les élèves douées dans des programmes IB ou accélérés de se faire des vrais amis, de connecter avec leurs pairs, que pour les jeunes doués dans des programmes généraux.

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Toutefois, il y a aussi des risques à regrouper les élèves selon leurs habiletés. Par exemple, il y a l’effet du gros poisson dans un petit étang (big-fish little-pond effect),qui montre que quand les élèves sont regroupés selon leurs habiletés, les élèves qui sont doués vont moins se démarquer parce qu’ils vont être comparés à des élèves ayant des caractéristiques similaires et ça peut faire en sorte que les élèves doués peuvent avoir une moins bonne conception de soi, donc c’est sûr que quand tu te compares à des gens qui sont très performants, ça se peut que tu te sentes moins bien que quand tu te compares à des gens qui le sont moins. C’est un peu ça le principe. Un autre risque que je trouve important de souligner: il y a une étude récente (avril-mai 2022; dans les journaux académiques on publie à l’avance…) qui montre que pour les élèves qui sont regroupés dans des classes où le niveau scolaire est plus faible, c’est l’effet contraire et les niveaux de comportements extériorisés (agressivité/désobéissance) sont plus élevés. C’est logique parce que dans les groupes où les habiletés cognitives sont plus élevées, ils ont moins de ce types de problèmes. Donc ce sont des choses à considérer d’un point de vue macro quand on pense à former des classes selon les habiletés. Ça peut venir avec certains désavantages, puis il faut toujours prendre en compte les avantages vs les inconvéninents quand on décide de placer un enfant dans un groupe particulier.

En somme, j’ai toruvé ce chapitre vraiment intéressant puis les idées bien sûr, m’intéressent beaucoup parce que la psychologie positive est vraiment une passion pour moi. Mais je dois avoue qu’il y a une chose qui m’achale vraiment, c’est que la réussite scolaire est toujours l’indicateur de bien-être ou la conséquence voulue dans ces études là. Puis aussi c’Est bizarre parce que souvent les critères d’inclusion, donc les élèves qui vont être inclus dans ces études-là, ce sont des élèves hyper performants, qui performent très très bien à l’école. Pourtant on sait que dans la douance, il y a des élèves qui vont sous-performer, ne pas avoir de bonnes notes à l’école, puis ça serait vraiment intéressant de voir le lien entre la satisfaction à l’école, le bien-être, la sous-performance… On pourrait faire un épisode juste sur la sous-performance mais on sait que la motivation scolaire est vraiment importante dans l’étude de la sous-performance.

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Sinon, je voulais vous dire aussi que récemment, j’ai participé à un autre podcast qui s’appelle Les Neurodivertissantes où j’ai discuté avec Melissa et Fran, les deux hôtes, de psychologie positive, de la complexité de la recherche en psychologie et de neurodiversité, je vous invite à l’écouter aussi, c’est vraiment très différent de ce que j’ai discuté aujourd’hui donc ça ne sera pas redondant. Je vais vous mettre le lien en description.

J’ai aussi participé à un autre podcast qui s’appelle Selon une étude, avec Catherine Raymond, qui est doctorante en psychologie clinique mais qui a aussi fait avant un autre doctorat en neurosciences sur le stress et PB Rivard qui est humoriste. On a parlé aussi de qu’est-ce que la douance puis c’était vraiment super intéressant et divertissant donc je vous invite aussi à écouter ça!

Merci beaucoup d’être là, si vous voulez ne rien manquer, vous pouvez vous inscrire à l’infolettre, au douancescience.substack.com que je vais mettre dans la description de l’épisode ou sur Instagram @douance.science . J’ai aussi une page Facebook qui est associée @douance.science et je mettrai mon courriel dans la barre de description [catherinecpaquet at protonmail.com], donc c’est tout pour aujourd’hui et je vous dis à très bientôt pour un prochain épisode.

Affiliations

Catherine Cimon-Paquet est étudiante au doctorat à l’UQAM. Elle est financée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (2021-2024) et a précédemment reçu du financement des Fonds de Recherche du Québec - Société et Culture, la fondation de l’UQAM, la faculté des études supérieures et postdoctorales de l’Université de Montréal. Elle est présentement membre bénévole du comité scientifique de l’Association québécoise pour la douance et du comité exécutif du Regroupement québécois de psychologie positive. Elle n’a aucun conflit d’intérêt à déclarer. Son point de vue n’est pas représentatif des organisations auxquelles elle est affiliée.