Bonjour!

Cette semaine, je suis très heureuse d’écrire au sujet de la haute sensibilité. Ma compréhension actuelle de la sensibilité découle de mes études en psychologie du développement humain. Ce domaine vise à étudier comment les individus changent à travers le temps de la période prénatale à la fin de vie. Évidemment, ce n’est pas la seule conception possible de la sensibilité, mais je vous partagerai mes réflexions et ma compréhension dans mes prochaines publications.

Le sens et le besoin d’apprentissage

Sensibilité à l’environnement

La plupart des chercheuses et chercheurs s’entendent sur l’existence d’une sensibilité à l’environnement.

Ce type de sensibilité représente à quel point les personnes sont affectées par les influences environnementales. Les différences individuelles quant à la sensibilité à l’environnement seraient attribuables à la façon de percevoir et de traiter les informations environnementales.

Perspective tempéramentale

La sensibilité à l’environnement a été largement documentée dans la littérature sur le tempérament de l’enfant.

Le tempérament d’une personne réfère à des traits individuels qui apparaissent durant la petite enfance et qui sont à la fois innés et perméables à l’environnement. Ils sont relativement stables à travers le temps.

La sensibilité et la réactivité aux stimuli (p. ex., personne inconnue, bruits, lumières, émotions) ont été grandement étudiées en petite enfance comme étant des aspects du tempérament. En général, les études montrent des différences entre les enfants quant à ces caractéristiques.

On a longtemps caractérisé la réactivité et la sensibilité comme tempérament difficile, émotivité négative, inhibition, gêne, etc. Je crois qu’il est bénéfique d’utiliser des termes plus justes, neutres et moins péjoratifs.

Alors que le tempérament a été surtout étudié durant l’enfance, c’est Elaine Aron, une psychologue et chercheuse américaine qui s’est intéressée à la sensibilité chez l’adulte.

Selon la théorie développée par Elaine Aron (sensory processing sensitivity), les personnes, enfants comme adultes, ayant une sensibilité élevée traiteraient les informations plus profondément (deep processing), auraient une réaction exacerbée aux émotions et une grande empathie, seraient facilement sur-stimulées (overwhelmed) et auraient plus conscience des informations subtiles de leur environnement.

Plusieurs scientifiques croient à l’inverse que le tempérament se développe en personnalité à l’âge adulte, ce qui explique pourquoi la sensibilité n’a relativement pas été étudiée chez l’adulte.

Environ 20-30% des être humains seraient hautement sensibles. Cette prévalence serait la même chez les personnes ayant un haut potentiel intellectuel (HPI).

Je ne peux pas m’empêcher de réfléchir à la combinaison HPI et haute sensibilité. J’ai l’impression que plusieurs manifestations de la douance rapportées par des clinicien.nes, mais pas soutenues empiriquement, sont typiquement associées à la haute sensibilité. Alors que l’on peut être HPI et peu ou moyennement sensibles, je me demande si notre conception de la douance (si elle diffère du HPI) devrait tenir compte de la présence ou non d’une sensibilité élevée.

La sensibilité, innée ou acquise?

La sensibilité varie chez les animaux et les insectes aussi! Elle serait biologiquement ancrée et procurerait certains avantages évolutifs. En effet, ce trait constituerait un avantage pour une communauté, mais seulement lorsqu’une partie de la population est hautement sensible. Environ 47% de la variabilité dans la haute sensibilité serait expliquée par la génétique (pas un seul gène, mais une combinaison de gènes). Il y a donc une part environnementale (environ 50%) dans le développement de la sensibilité élevée.

On peut penser aux expériences adverses durant l’enfance, mais également aux expériences positives. Les enfants hautement sensibles dès la naissance seraient plus influencés par leur environnement (qu’il soit sain ou malsain pour le développement du jeune). Cette sensibilité pourrait donc être exacerbée et devenir de la vigilence dans un milieu adverse (une réaction adaptée à un milieu inadapté) ou bien s’atténuer dans un contexte sécurisant où les compétences socioémotionnelles sont apprises et favorisées.

Aller plus loin

La sensibilité a été beaucoup examinée dans les études qui tentent de comprendre les interactions entre la génétique et l’environnement. En somme, peu importe le modèle théorique adopté (susceptibilité différentielle, diathèse-stress, sensory processing sensitivity, vantage sensitivity), la sensibilité constitue un facteur qui modifie à quel point la personne est affectée par son environnement (p. ex., sa famille).

De nombreuses études ont également utilisé l’imagerie cérébrale pour examiner la haute sensibilité. De plus, il existe des études intéressantes sur les liens entre la sensibilité élevée et la créativité, l’anxiété, les hyperexcitabilités de Dabrowski. Enfin, plusieurs scientifiques se questionnent concernant les recoupements avec d’autres traits de personnalité ou encore avec diverses conditions neurodéveloppementales.

Les prochaines publications porteront sur ces sujets!

Références

Aron, E. N. (2013). The highly sensitive person: How to thrive when the world overwhelms you. Kensington Publishing Corp.

Assary, E., Zavos, H. M. S., Krapohl, E., Keers, R., & Pluess, M. (2020, Jun 3). Genetic architecture of Environmental Sensitivity reflects multiple heritable components: a twin study with adolescents. Molecular Psychiatry.

Pluess, M. (2015). Individual Differences in Environmental Sensitivity. Child Development Perspectives, 9(3), 138-143.

Pluess et al. (2020). People differ in their sensitivity to the environment: An integrated theory, measurement and empirical evidence. Prépublication (pas encore révisée par les pairs).

Rothbart, M. K., & Bates, J. E. (2006). Temperament. In W. Damon & R. M. Lerner (Eds.), Handbook of Child Psychology. John Wiley & Sons, Inc.

Wachs, T. D., & Bates, J. E. (2010). Temperament. In J. G. Bremner & T. D. Wachs (Eds.), The Wiley-Blackwell Handbook of Infant Development (pp. 592–622). Wiley-Blackwell.

Affiliations

Catherine Cimon-Paquet est étudiante au doctorat à l’UQAM. Elle est financée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (2021-2024) et a précédemment reçu du financement des Fonds de Recherche du Québec - Société et Culture, la fondation de l’UQAM, la faculté des études supérieures et postdoctorales de l’Université de Montréal. Elle est présentement membre bénévole du comité scientifique de l’Association québécoise pour la douance et du comité exécutif du Regroupement québécois de psychologie positive. Elle n’a aucun conflit d’intérêt à déclarer. Son point de vue n’est pas représentatif des organisations auxquelles elle est affiliée.