Bonjour! Dans cet billet de blog, je vous présente une étude montréalaise publiée en 2021 par Bastien et collègues. Laurianne Bastien est doctorante en neuropsychologie à l’Université de Montréal et à l’Hôpital Rivière-des-Prairies et nous avons eu la chance de travailler ensemble au sein du même laboratoire. Sa thèse de doctorat porte sur le sommeil chez les enfants ayant une douance.

Dans cette étude, ce que je trouve le plus innovant est que Laurianne présente le sommeil comme un facteur qui pourrait expliquer ou exacerber les liens entre la douance et les problèmes socioaffectifs comme l’anxiété, la dépression et l’agressivité. En effet, l’étude montre que les enfants doués qui ont des problèmes de sommeil importants sont ceux qui vivent le plus de problèmes socioaffectifs.

Liens entre sommeil et douance

Plusieurs études précédentes suggèrent que les enfants doués ont plus de problèmes reliés au sommeil que les enfants neurotypiques. Par contre, toutes ces études avaient seulement mesuré le haut potentiel intellectuel (QI). Dans l’étude de Laurianne Bastien, la douance était mesurée avec le QI, mais également avec l’engagement envers la tâche et la créativité.

Dans son étude, elle a trouvé que chez les enfants doués, le risque de vivre des problèmes de sommeil cliniquement significatifs augmentaient de 4.67 fois. Dans ce groupe, 50% des enfants doués ou doublement exceptionnels vivaient des problèmes de sommeil importants. Les enfants doués s’endormaient rapidement le soir, mais se réveillaient en moyenne 57 minutes plus tôt que les enfants neurotypiques. Par conséquent, ils dormaient moins longtemps durant la nuit que leurs pairs.

Liens entre douance et problèmes socioaffectifs

Dans la littérature scientifique, les liens entre douance et problèmes socioaffectifs ne sont pas très clairs. Ce sujet est à vrai dire assez controversé. Alors que plusieurs scientifiques et professionnel.les de la santé affirment haut et fort que la douance est une force, d’autres croient plutôt qu’elle peut constituer un facteur de vulnérabilité… Dans l’étude de Laurianne Bastien, 46,9% des enfants doués vivaient des problématiques assez élevés pour être considérées comme cliniquement significatives. Cela signifie que ces enfants pourraient grandement bénéficier d’interventions cliniques pour faire face à ces difficultés. Ces problématiques incluent des symptômes anxieux ou dépressifs, des problèmes somatiques, des problèmes sociaux, des comportements de désobéissance ou d’agressivité, etc. Le fait de faire partie du groupe douance augmentaient de 14.12 fois les risques de vivre des problèmes socioaffectifs cliniquement significatifs.

Les problèmes de sommeil pourraient exacerber l’anxiété et les symptômes dépressifs chez les enfants doués

Le résultat le plus intéressant à mon avis est que dans cette étude, les enfants doués ayant des problèmes de sommeil avaient plus de problèmes psychosociaux que les enfants doués n’ayant pas de problèmes de sommeil et les enfants neurotypiques ayant ou non des problèmes de sommeil.

Cela suggère que les résultats mixtes dans la littérature sur la douance et les problèmes socioaffectifs pourraient être mieux compris en intégrant le sommeil des enfants doués.

On peut penser que les enfants doués qui vivent des problématiques comme de l’anxiété, des symptômes dépressifs, ou de l’agressivité pourraient être ceux qui vivent le plus de problèmes de sommeil. Le sommeil est également relié à la régulation des émotions et à un éventail d’autres conséquences sur la vie de l’enfant. Il semble donc primordial d’étudier le sommeil chez les enfants doués.

Forces et faiblesses

L’article en question est particulièrement intéressant puisque les enfants ont été sélectionnés et évalués par un.e neuropsychologue. La confirmation de douance a été faite sur la base de tests neuropsychologiques, d’une entrevue et aussi de questionnaires remplis par les parents. Contrairement aux études déjà existantes, la douance a été identifiée à partir du modèle des trois anneaux de Renzulli (voir ma première infolettre ici à ce sujet), donc pas uniquement sur la base de l’intelligence (QI). L’étude incluait également des enfants ayant une double exceptionnalité, ce qui est rare dans la littérature sur les liens entre douance et sommeil. Dans cette étude, les enfants ayant une double exceptionnalité ne vivaient pas plus de problématiques reliées au sommeil (ou socioaffectives autre que les problèmes reliés à l’attention) que les enfants qui avaient une douance sans condition associée.

La principale faiblesse est le nombre d’enfants inclus dans l’étude. L’échantillon comprend 32 enfants doués (25 garçons; 13 avaient une double exceptionnalité) et 17 enfants dans le groupe contrôle (neurotypiques). L’âge moyen était de 10 ans. En termes d’analyses statistiques, on dit que l’analyse manque de puissance, ce qui signifie qu’il est difficile de détecter des effets (liens) lorsqu’ils existent réellement. Enfin, les enfants neurotypiques avaient très peu de problèmes de sommeil, ce qui n’est peut-être pas représentatif de tous les enfants de la population québécoise en général.

Autres détails de la méthodologie

Les problèmes de sommeil et les problèmes psychosociaux ont été mesurés par questionnaire remplis par le parent (CSHQ; Children’s Sleep Habits Questionnaire et CBCL; Child Behavior Checklist).

Des résultats préliminaires montraient des résultats similaires à partir d’actigraphie, une mesure objective du sommeil. L’actigraphe ressemble à une petite montre et permet de mesurer très précisément les mouvements durant la nuit, ce qui permet ensuite d’estimer la durée du sommeil et plusieurs autres informations reliées au sommeil.

Prochaines infolettres et annonce!

La prochaine infolettre vous sera envoyée dans deux semaines, le 28 mars 2022. Je vous dévoilerai également un nouveau format, le podcast Douance & Science. En général, il s’agira de courts épisodes où je parlerai de l’étude décrite dans l’infolettre. Cela me permettra d’élaborer un peu plus que je peux le faire au format écrit ou via une publication Instagram. Le podcast est également pensé pour celles et ceux qui n’ont pas le temps de lire de longues infolettres! Je publierai à l’occasion des entrevues avec des collègues sur des thèmes reliés à la douance ou d’autres sujets susceptibles de vous intéresser.

Restez à l’affût! D’ici là, je vous souhaite de belles semaines et on se retrouve très bientôt dans une prochaine infolettre! :)

Catherine

##Référence

Bastien, L., Théoret, R., Gagnon, K., Chicoine, M., & Godbout, R. (2021). Sleep Characteristics and Socio-Emotional Functioning of Gifted Children. Behavioral Sleep Medicine, 1-12. https://doi.org/10.1080/15402002.2021.1971984

Affiliations

Catherine Cimon-Paquet est étudiante au doctorat à l’UQAM. Elle est financée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (2021-2024) et a précédemment reçu du financement des Fonds de Recherche du Québec - Société et Culture, la fondation de l’UQAM, la faculté des études supérieures et postdoctorales de l’Université de Montréal. Elle est présentement membre bénévole du comité scientifique de l’Association québécoise pour la douance et du comité exécutif du Regroupement québécois de psychologie positive. Elle n’a aucun conflit d’intérêt à déclarer. Son point de vue n’est pas représentatif des organisations auxquelles elle est affiliée.